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Catherine Conconne, une aubaine martiniquaise

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La première Martiniquaise à siéger dans l’hémicycle du palais du Luxembourg, la sénatrice Catherine Conconne, est une figure active et une femme « doubout », qui n’hésite pas à secouer le landernau politique antillais.

FRANÇOIS THOMAS

Première femme sénatrice de la Martinique, Catherine Conconne, née à Fort-deFrance, a toujours eu une tendresse particulière pour cette ville capitale, qui n’a connu que deux maires durant tout le XXe siècle. L’un d’eux, feu Aimé Césaire, irradie encore par sa pensée universelle sur la négritude et fait partie des immortels de la culture française.

Femme politique incontournable du paysage local, engagée depuis 2001, Catherine Conconne est connue pour parler sans langue de bois, quitte à recevoir des volées de bois vert, et pour agir au plus près de l’intérêt des populations. Défendant ses convictions avec cœur, en avril dernier, elle a claqué la porte du Parti progressiste martiniquais (PPM), fondé par Aimé Césaire et son compagnon de toujours, Pierre Aliker, et dans lequel elle a fait ses premières armes en politique.

La fidélité oui, mais pas à n’importe quel prix, semble penser l’élue au sang chaud. Ajointe au maire à Fort-de-France pendant seize ans, conseillère à l’Assemblée de la Martinique depuis 2015, siégeant aujourd’hui sous les ors de l’illustre de la Haute Assemblée française, Madame la sénatrice n’entend pas s’exprimer mezza voce parce qu’elle est à Paris, devant un cénacle très masculin et souvent âgé.

Pleine d’assurance, de conviction et de pragmatisme, en 2019, Catherine Conconne faisait adopter un amendement permettant de profiter de la grande expérience des médecins cubains, en les invitant à venir en Martinique partager leur expertise dans la lutte contre les maladies tropicales endémiques. Une décision qui a vu ses effets durant la pandémie de la Covid-19, où des équipes de Cuba sont venues prêter main-forte à leurs collègues et voisins caribéens.

Pour l’exécution de son mandat de sénatrice, elle a fait des vols transatlantiques un de ses modes de déplacement les plus fréquents, quittant les températures tropicales de son île pour le froid parfois polaire de Paris au plus fort de l’hiver. Cela fait partie du job et Catherine Conconne a pris ses marques au sein de l’illustre assemblée, où elle nous reçoit dans ses bureaux qui jouxtent le splendide jardin du Luxembourg.

Brune: Comment expliquez-vous le faible nombre de femmes qui ont émergé en politique, dans l’entreprenariat ou encore dans la culture en Martinique?

Catherine Conconne: La Martinique a compté beaucoup de femmes engagées et de militantes qui ont suscité de vrais bouleversements culturels et sociaux. Il ne faut pas oublier que l’Union des femmes de la Martinique a fêté ses 70 ans et que la création de cette association féministe était considérée comme révolutionnaire à l’époque de l’après-guerre! Il y a eu beaucoup de femmes en politique – peut-être pas au niveau de l’exécutif ou comme parlementaires, mais les hommes ont pu compter sur et avec leur passion… Une historienne expliquait que nos hommes politiques ont toujours été élus pour trois, quatre, cinq voire six mandats, restant ainsi au pouvoir de très longues années. Cela n’a pas favorisé le renouvellement des profils, contrairement à l’île sœur de la Guadeloupe. Et c’est le même constat pour le secteur de la culture! En Martinique, nous avons des personnalités à un niveau intellectuel tel que leur ombre s’est forcément déployée autour d’eux. Comment exister dans le sillage d’un Aimé Césaire, d’un Édouard Glissant ou encore d’un Patrice Chamoiseau? Ce sont des monstres au niveau culturel qui ont pu faire de l’ombre à d’autres talents, notamment féminins.

Comment les Martiniquaises peuvent-elles sortir de l’ombre?

Il faut que les femmes gardent confiance en elles, qu’elles n’aient pas de complexes et conservent une forte personnalité. Libérer les femmes en politique pose aussi la question du rôle de l’homme dans le foyer! Beaucoup de Martiniquaises assument l’ensemble des responsabilités du foyer. Pour ma part, j’ai la chance d’avoir un compagnon qui n’a jamais posé de problèmes pour préparer les repas et a accepté mon emploi du temps professionnel très chargé. La présence des femmes en politique en Martinique est le devoir des hommes. Il faut que l’homme ne culpabilise pas la femme et accepte la responsabilité du foyer.

Comment avez-vous vécu votre démission du PPM en avril dernier? Vous avez avoué à l’époque « avoir été humiliée à plusieurs reprises ». Vous reprochait-on d’être tout simplement une femme?

Le déchirement était avant que je ne prenne la décision. Après avoir écrit ma lettre de démission, je me suis sentie libérée. J’ai vécu une série d’épisodes injustes, comme des blessures. Est-ce que c’est parce que je suis une femme? Je ne sais pas. Je vis dans un milieu d’hommes et j’étais la seule femme à mon niveau en politique dans ce parti. On m’a reproché des choses alors que des hommes font dix fois plus et ils n’ont eu aucune remontrance…

La Martinique a de très mauvais chiffres en matière de violences faites aux femmes. Comment inverser la tendance?

Il faut casser les codes! Est-ce que les collectivités publiques, comme la CTM [Collectivité territoriale de Martinique, NDLR] ou les mairies, pourraient mettre en place des garderies, par exemple, après 17 heures pour permettre aux femmes d’assister aux réunions qui ont lieu tard dans la journée? Il faut prendre des initiatives comme ça! Je crois beaucoup en l’éducation des jeunes garçons sur la problématique de l’égalité femme-homme pour changer les états d’esprits. Ce sont eux qui demain pourront faire évoluer ce qui est trop ancré encore dans notre culture: la femme à la maison et l’homme dehors… Si un jeune est confronté continuellement à des images qui dévalorisent le statut de la femme, il va reproduire le schéma. Chez nous, plus qu’ailleurs, cette éducation est importante, car notre culture ne facilite pas l’émancipation de la femme.

Quels moyens peut-on mettre en œuvre?

Il y a eu quelques efforts grâce à des associations… Ce n’est pas encore l’idéal, mais nous avons souvent écrit beaucoup à l’époque où Marlène Schiappa était ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances.

Êtes-vous suivie dans ce combat par des hommes politiques?

J’ai encore des collègues qui me disent: « Je veux bien que les femmes aillent en politique, mais encore faut-il qu’elles soient compétentes. » Je leur rétorque qu’à partir du « mais » la phrase est de trop. C’est aux électeurs de décider de la compétence de leur élu homme ou femme.

À la mairie de Fort-de-France, était-ce difficile d’être une femme?

Où qu’on soit – encore aujourd’hui –, il faut faire davantage quand on est une femme. Même au Sénat, on laisse parler les hommes autant qu’ils veulent et dès qu’une sénatrice prend la parole, on lui fait remarquer qu’il faut être brève… Cela a déjà soulevé plusieurs discussions avec des sénatrices engagées.

Y a-t-il encore de la violence dans la pratique de la vie politique?

Effectivement, c’est un milieu violent. On n’hésite pas à attaquer une personne sur tout sauf sur ses idées. Pendant le confinement dû à la crise sanitaire, je ne pouvais pas aller chez le coiffeur pour refaire ma couleur et j’avais une barre de cheveux blancs. Et bien qu’est-ce que je n’ai pas entendu! Quand je parlais de violences faites aux femmes, on me demandait ironiquement: « Le coiffeur est fermé? »

Durant la dernière décennie, 10000 Martiniquais ont quitté leur île. Pourquoi?

Des études menées auprès de la population martiniquaise vivant dans l’Hexagone ont donné un résultat sans appel: 80 % d’entre elle veulent rentrer en Martinique. L’envie de retourner au pays est très forte. Ils ont été forcés à l’exil pendant vingt ans avec le Bumidom, le Bureau de migration des départements d’outre-mer. Ça a été une saignée importante qui a laissé des traces: quand on regarde la pyramide des âges, on constate qu’il manque une génération! Les Martiniquais ont ce désir très fort de rentrer au bercail, mais il faut leur en donner les moyens: cela passe par l’image qu’on donne de notre pays, les opportunités qui existent et qu’il faut mettre en valeur. On a besoin de médecins, de spécialistes de l’encadrement, des ressources humaines, de la finance, d’ouvriers qualifiés. Nous avons besoin de toute la jeunesse de la Martinique. On a mis en place depuis deux ans l’association Alé Viré et aujourd’hui elle s’avère incontournable. Nous allons lancer d’ici la fin de l’année une plate-forme en ligne qui présentera le maximum d’offres de retour disponibles en Martinique.

La mairie de Fort-de-France vous intéresse-t-elle?

J’aurais pu être maire de Fort-de-France en 2014, mais… je n’en dirais pas plus! J’ai fait deux mandats et demi en tant que maire adjointe et je peux vous dire que cette municipalité demande énormément d’énergie.

Souhaiteriez-vous vous impliquer d’avantage au niveau national pour mieux servir la Martinique?

Depuis trois ans, je n’hésite pas à enfoncer des portes. Je n’ai pas de regret majeur. J’arrive à dialoguer avec tout le monde… Quand je suis allé voir Annick Girardin [ministre des Outre-mer entre 2017 et 2020], je lui ai expliqué ce problème avec le dépeuplement pour lequel, avec l’association Alé Viré, nous proposions des éléments de réponse. Elle m’a répondu: « J’adore les gens qui ont des solutions », et a participé de suite au financement d’Alé Viré… Et je poursuis cette opération avec le cabinet du nouveau ministre, Sébastien Lecornu.

Beaucoup d’Afro-descendants souffrent de discrimination en France et regrettent que le mouvement Black Lives Mater n’ait pas suffisamment fait bouger les lignes. Faut-il être soluble dans la République?

Il faut vivre avec son identité et ne pas avoir de complexes! Quand je parle à la tribune du Sénat, je parle Martinique. Il y a des discriminations en France, mais attention, le contexte diffère de celui des ÉtatsUnis! En France, il n’y a pas eu d’apartheid organisé et constitutionnel… C’est tout le discours de Césaire que je trouve légitime et juste: « Exprimons notre identité! » Je comprends les gens en souffrance, mais je pense que des progrès ont été réalisés en France.

Que pensez-vous du déboulonnage des statues au regard de l’Histoire?

Déboulonner la statue de Victor Schœlcher est un acte maladroit. Aimé Césaire a effectivement a lutté contre le schoelcherisme qui consiste à affirmer qu’il n’y avait que lui qui a combattu l’esclavage, mais Schœlcher, il ne faut pas le nier, était abolitionniste. Les Neg marrons qui ont bravé l’esclavage sont mis en avant aujourd’hui aux Antilles, mais il faudrait aller plus loin. Je rêve d’ouvrir un musée des civilisations martiniquaises pour répondre aux questions sur nos origines et nos identités. J’ai été très inspirée par le Musée national de l’histoire et de la culture africaine-américaine de Washington, que j’ai visité l’an dernier. Je pense que nous avons besoin de ce type de structure pour qu’on nous réexplique les choses afin qu’on soit décomplexé. La Guadeloupe a construit le Mémorial Act, le Centre caribéen d’expressions et de mémoire de la traite et de l’esclavage. La Martinique doit bâtir un centre pour l’humanité sur ses terres.

Il y a beaucoup de souffrance chez nous, beaucoup de violence également… Nous devons travailler tous ensemble à soulager cette douleur. À commencer par le service public qui n’est pas assez adapté au public: les horaires d’ouverture des établissements sont anarchiques, les délais de réponse beaucoup trop long.

L’appellation « île aux fleurs » qui colle à la Martinique est-elle erronée?

Non, il faut juste reconnaître nos atouts et les mettre en valeur. Nous possédons un patrimoine matériel et immatériel qu’il faut valoriser et intégrer par exemple dans une offre touristique élargie. On vit dans la plus prodigieuse production musicale du monde: la Caraïbe. De Cuba à Trinidad, chaque pays possède des genres musicaux qui ont un retentissement mondial. Il faut que l’on communique davantage et mieux sur ces richesses culturelles! Aussi, Je souhaiterais organiser un festival international de musique de la Caraïbe en Martinique pour montrer tout le potentiel de l’île aux fleurs et de ses îles sœurs.

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