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Noella Coursaris Musunka, ange gardien et business angel

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Créatrice et présidente de la Fondation Malaika, Noella Coursaris Musunka assure, depuis treize ans, la scolarité de plus de 370 filles dans un centre communautaire fréquenté par 5000 personnes à Lubumbashi, deuxième ville de la république démocratique du Congo.

Mannequin international dont la carrière a ondoyé entre New York, et Londres, Noella Coursaris Musunka aurait pu se reposer sur ses lauriers en continuant à incarner des marques ultra-sélectes, et à prêter son corps de sylphide et sa carnation ambrée aux podiums des fashion weeks les plus courues. C’était sans compter son histoire personnelle faite de profondes blessures qu’elle avait crues enfouies et qui, à un moment de sa vie, ont refait surface.

Née en république démocratique du Congo (RDC) d’un père chypriote et d’une mère congolaise, elle a tout juste 5 ans lorsque son papa chéri décède. Sa maman, qui se retrouve sans ressources, arrive à économiser de quoi envoyer la fillette chez une tante en Belgique, puis auprès d’une autre parente en Suisse. La séparation durera des années.

Noella Coursaris Musunka a 18 ans lorsqu’elle foule à nouveau le sol de son pays natal. « Treize ans loin de la tendresse et des attentions maternelles, à une époque où WhatsApp n’existait pas et le courrier restait aléatoire », souligne-t-elle. Les blessures de l’enfance sont les plus longues à guérir, mais, parfois, elles s’atténuent peu à peu. Noella Coursaris Musunka a compris les sacrifices endurés par sa mère pour lui permettre d’avoir une éducation convenable, à une époque où le Congo traversait une zone de turbulences, et où des morts par milliers endeuillaient certaines régions en proie à des attaques de groupes armés.

La jeune fille « attrape son cœur » comme le dit si bien un dicton populaire ouest-africain, et décroche un diplôme en management des affaires. Elle accède aussi au milieu des défilés et des photos de mode, qui s’imposeront à la première place dans sa carrière professionnelle. Son premier voyage au Congo lui fait prendre conscience de l’amour inconditionnel qu’elle éprouve pour sa terre natale, et des besoins immenses qui surgissent à chaque coin de rue. Bien que pourvu d’un sous-sol insolemment riche, objet de toutes les convoitises internationales, ce splendide pays à l’énorme potentiel est malheureusement un géant aux pieds d’argile. Dans de nombreuses régions, la misère suinte, faisant des filles et femmes les premières victimes de cette pauvreté à vif. Noella Coursaris Musunka ne se laisse pas étourdir par les lumières de Kin-la-belle et sent qu’elle doit renouer ces fils que la vie a distendus. La chance qu’elle a eue en étant un mannequin régulièrement sollicité, elle décide de la partager avec ceux qui en sont le plus démunis.

En 2007, elle crée la Fondation Georges Malaika, conjonction du prénom de son défunt père et du mot swahili Malaika, qui signifie ange. À la fois business angel et ange gardien, Noella Coursaris Musunka a conçu cette entité pour apporter une éducation de qualité à la population des filles et des jeunes femmes la plus fragilisée de la RDC, et laissée pour compte. Dans le quartier de Kalebuka, dans la commune de Lubumbashi, ville majeure de la province du Katanga, elle commence par ouvrir une première classe et, en treize ans, plus de 370 élèves de la petite classe jusqu’à la terminale ont ainsi pu bénéficier d’une solide éducation.

La philosophie qui accompagne la Fondation Malaika repose sur quatre piliers essentiels aux yeux de Noella Coursaris Musunka : assurer gratuitement une scolarité globale ; créer et distribuer des biens; développer une ferme dans l’école, afin d’offrir des repas équilibrés aux étudiantes et au personnel, et, enfin, gérer un centre communautaire fournissant de l’éducation, des emplois, de la formation et des programmes de soins médicaux à 5 000 personnes.

Ambassadrice de la Fondation Georges Malaika, Noella Coursaris Munsuka, qui habite à Londres avec son mari et ses deux jeunes enfants, reprend régulièrement son bâton de pèlerin pour parler de son engagement, mais aussi de leadership et de féminisme. On peut l’apercevoir aussi dans des talk-shows sur CNN, ou à des conférences de prestigieuses universités comme Oxford ou Cambridge, en Angleterre, de même que Harvard et le Massachusetts Institute of Technology (MIT), aux États-Unis. Une reconnaissance qui s’est illustrée par l’obtention de différents prix, dont celui décerné par la Maison de Mandela, à l’occasion du centenaire de la naissance de Madiba. Ces récompenses la stimulent, certes, mais pas autant que les sourires ravis des écolières et lycéennes de sa fondation, qui savent que, grâce aux bases acquises, un jour elles seront elles aussi en capacité de façonner leur destinée.

Brune: Vous êtes née en RDC (ex-Zaïre), mais partez très vite en Belgique… Vous n’y revenez qu’à 18 ans… Comment s’est passé votre retour?

Noella Coursaris Musunka: Pour l’anecdote, il n’y avait pas encore WhatsApp… Ma mère s’est donc trompée de jour pour mon arrivée et je me suis retrouvée seule à l’aéroport! Lorsque je suis arrivée à la maison, c’était un moment très émouvant. Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu ma mère. Beaucoup d’émotion, beaucoup de tristesse aussi de redécouvrir ce pays avec tant de potentiel, mais trop de pauvreté.

Vous avez été mannequin international. Qu’est-ce que cela fait d’être dans un monde de rêves et d’opulence, de frivolités, puis de côtoyer autant de misère sociale lorsque vous revenez au pays?

J’ai fait de la mode pendant dix ans et j’étais très concentrée là-dessus. Mais maintenant que j’ai deux enfants, je poursuis quelques projets par an, mais plus comme avant. La mode a évolué depuis plusieurs années, il y a beaucoup de marques qui donnent une valeur à ce que je fais. Je peux maintenant devenir une marque à part entière et cela me plaît. Il y a beaucoup de partenariats qui se font avec la mode et mon association. Je pense aussi qu’elle va encore plus évoluer après cette année 2020.

Passer d’un monde à l’autre, porter tous ces beaux vêtements, puis se retrouver au Congo Kinshasa, à Malaika, dans ce village où l’on travaille et où il n’y a ni eau ni électricité, où les enfants mangent à même le sol et où le revenu moyen est moins d’un dollar par jour, c’est effectivement très difficile. Mais dans le monde où on vit, les disparités sociales se font partout de plus en plus grandes.

Quelles sont vos relations avec les autorités congolaises? Comment Malaika est perçue là-bas?

Avant même de commencer le projet Malaika, je me suis assise avec le chef du village et les membres de la communauté pour connaître leurs besoins. On a pleuré ensemble et ils ont expliqué que leur village avait été oublié, et qu’ils avaient vraiment besoin qu’on puisse installer des programmes éducatifs… Je suis allée voir tous les ministres, tous les membres du gouvernement pour leur parler de cela. Le village se trouve dans la province du Katanga, à quarante-cinq minutes de Lubumbashi. Donc pour les villageois, je suis vraiment leur fille qui est revenue au pays, et j’ai une très bonne relation avec les autorités.

Je ne suis pas politique et je respecte tout le monde. Pour faire fonctionner une école, pour faire marcher quoi que ce soit sur place, vous n’avez pas d’autre choix que de bien vous entendre avec le gouvernement. C’est eux qui fournissent l’autorisation pour qu’une école fonctionne bien chaque année ; ils donnent les agréments quand il y a des biens et fournitures qui sont importés. Même pour creuser un puits d’eau, vous devez demander l’autorisation. Donc vous n’avez pas d’autre choix que de nouer de bonnes relations. Chaque année, quand je séjourne en RDC, je rends visite aux administrations, aux ministères de l’Éducation, des Infrastructures, au gouverneur, pour les tenir informés de l’évolution de Malaika.

Par exemple, grâce à un intense lobbying réalisé auprès des autorités, une route d’accès au village a été construite à 70 % et cela a accru l’attraction du site puisqu’aujourd’hui, des gens veulent venir y habiter. Au niveau scolaire, nos filles en classe de 6e doivent passer un « national test » chaque année. Et depuis trois ans d’affilée, elles ont réussi 100 % des tests nationaux… Le ministère de l’Éducation a visité notre école pour comprendre son succès, et cela a incité beaucoup d’autres organisations et groupes scolaires à observer le modèle Malaika. Nous organisons même des formations continues pour nos professeurs et demandons toujours au ministère de l’Éducation ou à des départements de venir y assister. Parce que le savoir que nous avons, nous ne voulons pas le garder seulement pour Malaika, mais le partager, car c’est le seul moyen de faire progresser un pays.

Comment financez-vous tous ces projets?

La construction de l’école et des puits d’eau a pu être réalisée grâce à des donneurs individuels. Il s’agit de fondations familiales et d’entreprises internationales, d’ailleurs beaucoup de donateurs sont déjà venus sur place. Après treize ans d’exercice, nous avons acquis une très bonne crédibilité. Notre comptabilité est transparente : la gestion de Malaika coûte 400 000 dollars par an et 85 % de nos gains vont au programme. Je ne perçois aucun salaire de la fondation. En Afrique, un grand nombre de fondations est tenu et géré par des personnes étrangères… Je voulais que ce soit managé par des Congolais sur place ; ainsi je montrais une nouvelle façon de faire. Ma fondation est basée aux États Unis et au Congo. En fait, Malaika est un écosystème comprenant l’école, les centres communautaires, les puits d’eau, le développement agricole. On a créé un tool kit expliquant comment le modèle Malaika peut être dupliqué dans n’importe quelle communauté dans le monde.

Nous avons adopté un système scolaire congolais auquel des disciplines comme l’anglais, la musique, les arts et le sport ont été ajoutés. Les enfants prennent sur place leur petit-déjeuner le matin et leur repas à midi. C’est une école où l’on apprend le leadership.

Pourquoi avoir fait une école strictement pour filles?

Au Congo, les écoles sont payantes. Quand les parents disposent d’un peu d’argent, ils enverront prioritairement leurs garçons à l’école, tandis que leurs filles resteront plutôt à la maison à aider au ménage, à se marier et à tomber enceintes très jeunes. Il est extrêmement important d’investir dans la femme et dans l’éducation des jeunes filles. Nous avions abordé ce sujet avec le chef du village et avons pris l’option de faire une école de filles. Nous les scolarisons dès l’âge de 5 ans jusqu’à 18 ans. On leur fournit des uniformes, des sous-vêtements, des notions d’hygiène. Quand elles ont leurs règles à 12-13 ans, on leur procure des protections hygiéniques. Elles reçoivent aussi des informations à propos de la vie sexuelle. Le centre communautaire a été construit avec la FIFA, et plus de 5000 personnes de différentes tranches d’âges y vivent et suivent plusieurs programmes qu’on leur enseigne. Et énormément de garçons fréquentent aussi le site. Nous avons également mis en place tout un programme avec les mamans et créé notre marque Maman Yanapendo, qui réalise des accessoires qui sont vendus, et l’argent récolté retourne à l’école. Des masques en tissu pour se protéger de la Covid-19 et plus de 1200 visières ont été cousues et offerts à 50 centres de santé dans le Katanga.

Ne craignez-vous pas que la pandémie pénalise Malaika dans la mesure où les grands donateurs seront certainement moins généreux?

Bien sûr, cinq soirées de levées de fonds sur dix ne se tiendront pas cette année. Je ne dors pas à cause de ça ! Nous avons des donneurs très loyaux ; donc nous comptons beaucoup sur eux. Mais on constate une baisse de 60 % à 70 % des donations. Donc, il faut complètement se réinventer. C’est une époque qui fait peur parce que même l’école a dû être fermée et tous nos programmes ont été arrêtés pendant quatre mois et demi, où les équipes ont malgré tout perçu leurs salaires.

Comment suscitez-vous l’envie d’être autosuffisant dans le Katanga?

Nous avons misé sur l’agriculture avec des champs où l’on incite les jeunes à faire du bio et les ingrédients récoltés servent à la cantine de l’école. C’est une aide importante et on pousse les communautés à installer derrière leurs petites maisons un jardin. En outre, vingt puits ont été creusés dans le village, car lorsqu’on a commencé la construction de l’établissement scolaire, il fallait déjà un puits pour cuisiner et faire fonctionner les toilettes. Mais tellement de gens venaient puiser de cette eau qu’on a dû en creuser d’autres, dont un avec un panneau solaire.

Comment allez-vous repenser le fonctionnement de Malaika?

Les programmes doivent continuer. On ne peut pas dire aux 370 filles de ne plus venir à l’école. Certains contributeurs ont payé pour l’année ; donc il est très important de poursuivre nos actions. Sur place, des donneurs locaux offrent des biens de consommation courante. En septembre, une classe supplémentaire a été ouverte et, dans trois ans normalement, l’établissement atteindra sa capacité d’accueil de 450 scolarisées. Quand elles atteignent l’âge de 18 ans, on met en route un fonds pour leur permettre d’entamer des études supérieures dans des centres techniques ou à l’université. Nous avons travaillé tellement durement durant ces treize dernières années pour Malaika ! Mais la situation mondiale nous conduira à changer et à ne garder que ce qui est extrêmement nécessaire. Oui, effectivement, la période est très éprouvante.

Discutez-vous de votre engagement avec vos enfants?

Mes enfants viennent chaque année avec moi au Congo! Ils mangent de la nourriture locale avec les mains… Ils prennent leurs habits pour donner là-bas, ils prennent un peu de leur argent de poche pour partager… À chaque anniversaire, ils donnent à Malaika la moitié de la cagnotte qu’ils reçoivent en cadeau. Mon fils de 10 ans voulait faire un puits dans le village et on l’a réalisé avec ses amis. Ma fille aussi réagit de la même manière. Lorsqu’ils m’accompagnent au Congo, ils choisissent au préalable quelques projets qu’ils souhaitent mener à bien. Mon fils a aidé cinq de ses amis à acheter un matelas, car ils dormaient à même le sol, et à acheter un seau pour qu’ils puissent cuisiner. Mes enfants sont très engagés. Ils suivent énormément les projets de Malaika… Pour eux, la RDC est aussi leur pays. Ils sont anglais et congolais.

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