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Rama Yade, agir en Amérique pour impacter le monde

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Posée aujourd’hui à Washington d’où elle apporte une expertise magistrale sur les questions africaines au sein du Think Tank Atlantic Council, Rama Yade n’a pas dit son dernier mot quant à ses engagements politiques en France. Rencontre intense et joyeuse.

À peine âgée de 30 ans, Rama Yade a été nommée secrétaire d’État chargée des affaires Étrangères et des droits de l’Homme du président Nicolas Sarkozy en 2007. Trois ans plus tard, elle rempile au rang de secrétaire d’État chargée des sports jusqu’en 2010. Ambassadrice à l’Unesco, elle se lance dans la course à l’élection présidentielle de 2017 mais n’obtiendra pas le nombre de signature pour valider sa candidature. Figure iconique, dérangeante pour les uns, électron libre pour les autres, elle a comme nulle autre personnalité politique illuminer les débats avec sa jeunesse, son éloquence, ses prises de position qui ont fait couler de l’encre chez les conservateurs. Rama Yade a ouvert des champs des possibles mais la France était-elle prête pour cette diversité au sommet de l’État ? Directrice de l’Africa Center, installée dans la capitale fédérale américaine, à quelques encablures de la maison Blanche et à l’heure où Joe Biden constitue son équipe Afrique, la Française Sénégalaise s’impose et pose son regard au-delà de l’Atlantique. Good morning America, hello Rama Yade.

 

Vous êtes une figure iconique de la politique française et vous voilà installée à Washington. Était-ce une envie profonde de changer d’air ou une opportunité de carrière qui vous a conduite dans la capitale américaine ?

Après dix ans de politique, j’avais envie de gagner en  liberté et en expérience, de me reconstituer un savoir plus qu’un savoir-faire. En  me reconnectant avec les acteurs de la scène internationale, c’était aussi un moyen de renouer avec la scène internationale car les problèmes domestiques ne peuvent être ni appréhendés ni réglés sans cette dimension internationale. On peut  donc parler d’une démarche professionnelle et d’une démarche personnelle qui se sont rejointes pour expliquer ma présence aux États-Unis.  À Washington, je me consacre aux questions africaines. Cela faisait longtemps que je voulais travailler sur l’Afrique sans savoir ni quand, ni comment ni par quels moyens et une opportunité s’est présentée. Donc, le travail et la passion se sont rejoints.

 

De nombreuses femmes politiques françaises qui ont été sur le devant de la scène ont choisi de passer de la lumière à l’ombre. On peut citer Édith Cresson, Première ministre de François Mitterrand, Michèle Barzach, plus récemment Nathalie Kosciusko Morizet. Doit-on ajouter votre nom à  cette liste ?

Je n’en suis pas sûre ! J’ai l’impression que toutes ces personnes ont eu des mots pour annoncer qu’elles renonçaient à la vie politique. Pour ma part, je n’ai jamais dit cela.

 

Vous n’avez  donc pas dit votre dernier mot ?

On m’a empêchée de le dire et je me suis laissée faire. Mais je n’ai renoncé à rien : j’adore la politique, je respire politique, je suis la politique. C’est là où je me sens le mieux. Ce qui me motive, c’est servir les autres, changer la vie, avoir de l’impact, faire la différence, incarner des valeurs. Voilà, j’ai besoin de ce terreau-là pour être complète et tout à fait épanouie. Inutile de vous dire que là, il me manque quelque chose mais bon…

 

Qu’est-ce qui a fait finalement que vous êtes Rama Yade, telle qu’on la voit, cet électron libre et audacieux. Étiez-vous une petite fille très volontaire avec des idées bien arrêtées sur ce qu’elle voulait faire ? Ou ce sont simplement les planètes qui se sont bien alignées ?

J’ai toujours eu la conviction que notre passage sur terre est assez court et qu’il fallait vivre sa vie pour faire la différence. J’ai le  tempérament naturel de ceux qui finalement n’ont rien à perdre. Je déteste l’ordre établi, les conservatismes, le conformisme. En politique française, j’ai eu l’impression d’être comme une anomalie, c’est-à-dire pas ce prototype lisse et bien huilé attendu. C’est à la fois positif car ça explique la singularité de chacun et en même temps,  négatif parce que cela veut dire que l’on est encore décrit comme appartenant à une catégorie exceptionnelle, alors qu’on aimerait que la reconnaissance soit pour tous. Maintenant, j’essaie de gagner en liberté, peut-être en sérénité. Si je peux gagner en liberté, ce sera parfait. Je pense que ce sera plus délicat en sérénité, tant que l’ordre établi ne correspondra pas à l’idéal que j’ai pour mon pays ou pour l’humanité, je ne pourrai pas dormir tranquille. C’est pour cela que l’engagement politique a toujours été un moteur important dans ma vie.

 

Auriez-vous pu avoir la même liberté, les mêmes opportunités si vous étiez restée au Sénégal ou dans un autre pays africain ?

 

Cela aurait pu certainement être plus simple. Je n’aurais pas reçu les micro-agressions qui déshumanisent et qu’en tant que femme noire, on peut avoir en France, en Europe, dans les pays majoritairement blancs. Je suis une femme noire en France et cette condition peut être un challenge, un défi mais en même temps, elle m’a obligée à la politique. Je crois que le pouvoir est en chacun de nous et que nous avons en chacun de nous cette capacité de résister et de se  mobiliser. C’est à la fois un challenge, un défi et un pouvoir. Tout le monde doit se convaincre qu’il a en soi ce pouvoir.

 

Vous avez été naturalisée française en 1997. Vous sentez-vous ‘sénégauloise ‘?

Je ne sais pas ce que ce mot signifie. Disons que je me sens l’une et l’autre. Le Sénégal est en moi comme une évidence, la France est toujours aussi ‘work in progress’(travaux en cours) dans la mesure où je n’ai pas à me bagarrer pour me faire accepter au Sénégal. Mais je ne veux plus me battre pour me faire reconnaître par la France et quand je dis cela, il ne s’agit pas seulement de moi Rama  Yade en tant qu’individu. Dans ce « je », il y a aussi un « nous ». C’est pour cela que je répète que la sérénité est compliquée tant que les gens tels que moi ne seront pas considérés comme pas tout à fait français. Nous avons toute légitimité à revendiquer notre place et notre citoyenneté française. Mon grand-père a versé son sang pour ce pays. Ce n’est pas le cas de beaucoup de personnes qui se disent patriotes. Dès lors, je n’ai pas à demander ou à attendre la validation ou l’approbation de qui que ce soit pour être française. Je le suis déjà par la force des choses.

 

Parlons de Washington maintenant. Quelles sont vos fonctions exactes au sein du think tank Atlantic Council ? Que prônez-vous en tant qu’Africaine ? En tant qu’Européenne également ?

Je dirige l’Africa Center, qui est le département Afrique de l’Atlantic Council, un think tank géopolitique qui s’occupe des relations transatlantiques. Cette organisation est née en 1961 et à l’époque, on pensait le transatlantique  uniquement dans le spectre États-Unis-Europe. Mais le transatlantique a également un versant sud et c’est l’Afrique. Je mène des actions en tant que directrice de l’Africa Center, même si j’ai un pied dans l’Europe Center. Comme le souligne si bien une amie africaine-américaine, « il faut être dans chaque pièce et pas dans la pièce à part ».  Cette  pièce à part, il faut la mettre au centre et je m’évertue à replacer l’Afrique au centre de l’Atlantic Council, au centre de Washington, au centre du monde.  Je suis aussi enseignante à Sciences Po et à l’université Mohammed VI de Marrakech où je donne un cours intitulé « l’Afrique au centre du monde ». J’aime beaucoup cette phrase de l’écrivain Leonora Miano qui dit : « les Subsahariennes ont mis au monde l’humanité. » Cette centralité est une évidence mais  on s’est employé, depuis plusieurs siècles, à marginaliser le continent africain. J’essaie à partir de mon poste à l’Africa Center de le réhabiliter  en changeant le narratif sur l’Afrique. Je travaille sur des questions très diverses, sur des programmes aussi vastes que la sécurité au Sahel, que les industries créatives. J’essaie de faire de cette plateforme très puissante aux États-Unis, et sur la scène internationale, un espace pour les voix africaines, que ce soit le monde des affaires, des arts, la société civile. J’aimerais que toutes ces personnes utilisent cette plateforme pour donner leur vision de l’Afrique. Je me bats en outre pour garantir un siège permanent à un ou plusieurs pays africains au Conseil de sécurité des Nations Unies. Sur la transition verte et le climat, j’essaie en amont de faire que les voix africaines soient prises en considération sur ces questions essentielles.

 

Vos propositions sont-elles prises en compte ?

Les Think tank américains ne fonctionnent pas comme les instituts de recherche en France, ce sont avant tout des instruments d’influence. Donc on peut changer la vie politique américaine vis-à-vis de l’Afrique et du reste du monde. Et quand on dit que l’on agit depuis Washington, c’est comme si on agissait dans toutes les capitales occidentales en fait. Parce que Washington est un pôle de décision tellement puissant et ce qui impacte ici touche le reste du monde. Quand je suis arrivée à Atlantic Council, j’étais la première étonnée que l’on me propose ce poste tellement stratégique où les Américains sont habituellement  à  la manœuvre. À ma prise de fonction, je connaissais tout de la politique française mais rien de l’administration et peu de la politique américaine. On m’a assurée en me disant : « tu n’as pas besoin de les connaître, ils ont besoin de t’entendre ». Je suis là pour plaider la cause de l’Afrique dans le meilleur sens du terme. Cependant, l’idée n’est pas de quémander de l’aide, c’est l’inverse. Il s’agit de faire comprendre aux Américains et aux Européens que ce n’est pas l’Afrique qui a besoin d’eux mais plutôt le contraire, tellement ce continent est stratégique. Dans 30 ans, un terrien sur 5 sera africain. La plus grande révolution digitale de ces dix dernières années s’est passée sur le continent africain. La plus grande zone de libre-échange au monde se crée sur le continent africain. Ce sont des clients et des consommateurs. Avant la pandémie, six des économies les plus dynamiques au monde étaient africaines. Et même sur le climat, le seul pays au monde qui respecte les accords de Paris de 2015 est un pays africain : la Gambie. Mon travail consiste à mettre l’Afrique au centre et à faire comprendre à ses partenaires que c’est un continent stratégique avec lequel il faut développer des partenariats gagnant gagnant.

 

Pour que ce narratif soit porteur de solutions, l’Afrique ne doit-elle pas changer son propre fonctionnement ou sa propre vision d’elle-même ?

Je ne suis pas là pour critiquer l’Afrique ou les Africains. Il y a tellement de gens qui le font avec tous ces préjugés et ce racisme qu’on n’a pas besoin d’en rajouter. Ce dont l’Afrique a besoin, ce n’est pas qu’on l’accable davantage, mais qu’on lui fasse confiance. Il y a sur ce continent 54 pays, une forte diversité, 2 000 langues, une extraordinaire richesse, une force incroyable. L’Homme n’est pas né là par hasard. La première civilisation a vu le jour sur le continent, l’écriture y est née. Quant à ses richesses, voilà un continent béni qui pourrait fermer ses frontières et vivre dans un entre soi. Les autres ne peuvent pas faire cela. Parlons de cette extraordinaire diaspora qui a réussi à survivre à tant d’accablements. Il y a une capacité de résistance, de résilience en chaque Africain qui force l’admiration. À Dakar, on ne voit pas des gens mourir de faim dans la rue alors que cela existe à Paris. Pourquoi ? Parce qu’il y a cette capacité à créer autre chose en termes de solidarité. On dénonce notre économie informelle comme un fléau, mais on ne voit pas que c’est aussi un modèle d’organisation économique. Parlons du climat ? Le continent africain n’émet  que 4 % des émissions de gaz à effet de serre.  Et le réchauffement climatique observé dans le monde est déjà une menace énorme pour lui. Évidemment, il y a des choses qui ne vont pas mais il y a un pouvoir africain qui est très fort dans cette capacité à inventer la civilisation mais aussi à faire preuve de résilience. Les choses qui ne vont pas, il faut y travailler et restaurer ce continent. Par exemple, ne pas demander de l’aide quand il faudrait surtout de l’investissement. S’il y a une priorité dont il faut s’occuper en Afrique, c’est accorder plus de valeur à la vie humaine. Au Niger, 26 enfants sont morts brûlés vifs dans une école au toit de paille. C’est la seconde fois que cette tragédie arrive dans le pays et pour moi, c’est choquant, insupportable. Un tel drame se serait passé en France, il y aurait eu un hommage aux enfants et le pays se serait arrêté, des mesures auraient été prises pour que ça n’arrive plus jamais. En Afrique, on est déjà passé à autre chose. Si l’Afrique ne  considère pas ces vies humaines, ce n’est pas les autres qui vont les respecter.

 

Vous sentez-vous l’âme d’une lobbyiste en chef pour le continent ?

Pas du tout. Dès que l’on prononce le mot lobby à Atlantic Council, les lumières rouges s’allument. Nous ne sommes pas un lobby pour des personnes, des organisations, des entreprises.  La loi américaine nous l’interdit d’ailleurs. Tout ce que je dis sur l’Afrique repose sur des réalités sociologiques, économiques, culturelles, démographiques. Ce que je promeus de l’Afrique est la réalité et cette crédibilité est importante. C’est l’autre vérité car celle que les médias internationaux vont  mentionner est toujours négative. Mon travail consiste à compléter cette information par d’autres éléments afin que les décideurs disposent d’une vision complète sur le sujet. Quand on me parle de la théorie du  grand remplacement en France, je suis obligée de rappeler que 80 % des Africains qui émigrent, s’installent dans le pays d’à-côté de chez eux sur le continent. Quand on m’explique que les Africaines font trop d’enfants, je réponds que l’Afrique est sous-peuplée en termes de densité par rapport aux autres continents. C’est une réalité démographique. Idem pour les questions d’endettement, je précise que l’Afrique est moins endettée que l’Europe. Il ne s’agit ni de militantisme ou de l’activisme mais juste d’informations réelles.

 

Comment percevez-vous cette montée de l’extrême droite en France qui fait siennes les thèses racistes et xénophobes ?

Le pays est malheureux et dans la confusion. Il y a un état d’épuisement. Les débats sont brouillons. Ce qui frappe, c’est l’absence d’espérance. La  précampagne présidentielle s’apparente à de la désespérance. J’ai envie de demander à ceux qui adhèrent à ces thèses où est l’espérance ? Il y a aussi un manque de maîtrise de la destinée du pays. La riposte des politiques et des intellectuels aurait pu être une réponse sur « comment on en sort ? » Mais la question n’est même pas posée. On est dans une espèce de spasme interminable et La France mérite mieux que ce qu’elle est devenue. Ici, on a eu Donald Trump et c’est dangereux donc si les Français ont envie de s’amuser à se payer un autre Trump… La trajectoire que certaines élites voudraient voir la France prendre est dangereuse. Les élites y sont très conservatrices et le problème vient de là.  Lorsqu’on s’engage dans ce genre de voie, ça peut vite devenir un point de non-retour. La singularité de la France sur la scène internationale est liée au fait qu’elle a toujours su offrir un chemin d’espérance et non une voie de repli. C’est comme si en fermant les frontières depuis plusieurs années, on a voulu fermer les esprits.

 

Qu’est-ce que Washington vous apprend de l’Amérique ?

C’est un pays continent qui a une capacité à ne pas s’étonner que vous pensiez grand. En France, on va toujours essayer de vous empêcher de faire une chose en vous arguant que ce n’est pas possible. Ici, penser grand et être innovant sont des choses toujours bien accueillies. En même temps, c’est un pays déchiré malgré tous les grands combats politiques pour les droits civiques. Ce pays reste traumatisé par la mort de George Floyd et est aussi capable de réélire Trump, dont les électeurs pensent que Joe Biden n’est pas légitime. Cette démocratie  est quand même sur une ligne de crête et le 6 janvier 2021, avec les attaques du Capitole par des hordes sauvages, elle a  bien failli basculer. Un pays de tous les excès, avec cette facilité à sortir le meilleur des hommes  dans leur capacité d’innovation mais ça reste une terre de divisions profondes et d’exceptions. Globalement, le leadership américain sur la scène internationale est en difficulté. Le retrait précipité  de l’Afghanistan a porté un coup à l’image des États-Unis  qui aujourd’hui, s’engagent dans une sorte de nouvelle guerre froide avec la Chine. Je ne sais pas si cela sera aussi mobilisateur que face à l’URSS. Nous sommes à un tournant de l’histoire américaine où ce pays-continent se cherche sur son leadership mais également sur son identité. Et moi, j’arrive dans ces moments d’incertitude alors j’essaie de peser pour que la direction prise soit la bonne.

 

Comment les Africains Américains vous perçoivent-ils ?

Ils me regardent comme une anomalie et cela m’a surpris, car les Afro américains ont quand même un certain pouvoir,  une réelle influence et une vraie communauté face aux nombreux défis de la vie. Leur regard m’a beaucoup appris sur la manière dont ils perçoivent la France au-delà de ma personne. Je ne pensais que la France était à ce point considérée comme arriérée, qu’il faille s’étonner que j’aie été la première femme d’origine africaine membre d’un gouvernement français. Et dans ce pays qui a quand même connu l’esclavage, les ségrégations, les lois Jim Crow, on regarde la France comme si elle incarnait ce qu’il y a de plus dur sur terre. En même temps, je suis aussi stupéfaite par la capacité des Etats-Unis à incarcérer en masse des Noirs. Le taux d’infection des Noirs  à la  Covid-19  révèle quelque chose du racisme structurel des institutions. Et cela en dépit du fait que les État-Unis ont élu un président noir dans le passé.

 

Quelles sont vos relations avec les Africaines américaines ?

Pour la première fois, je côtoie  aussi fréquemment des Africaines Américaines et l’une d’entre elles m’a expliqué que notre dialogue n’aurait pas été possible quelques années  auparavant parce qu’il était empêché. Les Africains se connectent aux diasporas, cela a l’air facile aujourd’hui mais ce rapprochement a inquiété beaucoup de monde. Que l’on ait la capacité de confronter nos expériences entre Africains de tout bord, d’échanger nos idées et  d’imaginer un avenir commun, je crois que dans les années à venir, ce sera un des phénomènes géopolitiques et interculturels des plus intéressants qui sera donné à l’humanité entière. Ce ne sera pas propre à l’Afrique, ni aux femmes, ni aux Africains. Ce sera un phénomène culturel, politique et géopolitique qui va impacter le reste du monde. Ces  femmes africaines américaines ont vécu  les luttes du peuple noir parce qu’elles portent, plus que tout autre, ces combats d’égalité, de survie et de promotion. Quand vous voulez déstructurer une communauté, vous commencez par les femmes avec des violences sexuelles et des discriminations. Aujourd’hui, des femmes exceptionnelles comme Kamala Harris, Shonda Rhimes, Oprah Winfrey et Beyoncé qui appartiennent de facto à l’élite et qui sont des influenceuses de premier plan, font la fierté de leur communauté, de l’Amérique. Et en même temps,  celles de la  base continuent à subir de manière terrible le poids des inégalités raciales. De nombreuses statistiques choquantes montrent  que les  Noires meurent plus souvent en couche que toutes les autres femmes des différentes communautés américaines. Il existe ici un phénomène très intéressant,  celui de la sororité. J’ai vécu en France des expériences brutales entre femmes politiques,  sans une once de solidarité, contrairement aux discours énoncés. Car  moins elles sont nombreuses en politique, plus elles se font des vacheries entre elles parce qu’il faut être seule au bout du compte. À mon arrivée à Washington, j’ai été prise en charge par des communautés de femmes qui me  forment et conseillent, me questionnent sur mon travail et me conduisent ensuite vers d’autres femmes qui m’ouvrent d’autres portes, me conseillent. Quand on entre dans ces réseaux-là, on vous prend en charge comme si ce n’était pas que de vous qu’il s’agissait mais aussi de toute une  communauté que vous devez accompagner durant votre parcours..

La ville de Paris vous manque-t-elle ?

Oui, les frontières fermées n’ont pas arrangé les choses et les Français ont été empêchés de rentrer chez eux. Mais   on apprend à vivre sans. Washington est une ville très européenne, construite par un Français d’ailleurs. On est toujours en train de fréquenter des boutiques, des boulangeries françaises. Il y a une sorte de nostalgie.  Il existe un chic parisien qui n’est pas usurpé et on s’en rend compte quand on est loin.

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